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La révolution numérique au Niger: l’équation aux multiples inconnus! – Par Issa Aboubacar Abdou

 [CAVIE/ACCI]  Le joli coup de poker de Niger poste

Si l’on nous avait dit que 2017 serait une année de révolution numérique pour le Niger et que l’on verrait y naître la première plateforme de E-Commerce (commerce électronique), beaucoup de personnes n’y auraient pas cru. En effet, la notion de Niger 2.0 est bien en marche. 

Issa Aboubacar Abdou

Le maître d’œuvre de ce brillant coup de poker n’est nul autre que la société Niger Poste qui a annoncé le lancement de cette plateforme unique au Niger lors d’une semaine spéciale dédiée à la poste.

De son nom commercial « KAOMINI » qui signifie « Emmène-moi » dans un dialecte local, ce site marchand inédit est le premier du genre au Niger, surtout que l’on dénombre une quantité non négligeable de sites et pages web à vocation marchande qui se développent à vitesse grand V.

La particularité de KAOMINI réside néanmoins sur plusieurs aspects inédits tels que notamment: l’enregistrement du profil client en ligne, le choix de l’article (produit) en ligne, le paiement sécurisé en ligne et cerise sur le gâteau, la livraison à domicile.

Grace à ces différents atouts, la société Niger Poste marque un grand coup sur le secteur économique et commercial nigérien en se créant une véritable niche jamais exploité à sa juste valeur. Surtout si l’on considère la rude présence de concurrents de taille dans la sous-région comme C-Discount, Jumia ou encore plus récemment Afrimalin.

En tout état de cause, ce secteur reste prenable tant que les poids lourds mondiaux du e-commerce comme EBay ou encore Amazon n’auront pas véritablement marqué de leur présence le continent africain.

Une concurrence qui ne dit pas son nom

Il est vrai que le secteur du E-commerce reste majoritairement très atrophié en Afrique malgré un accès à l’internet plutôt favorable dans certains pays du Maghreb où l’on évalue les achats en ligne à environ 30 millions d’euros par an en moyenne.

Le Niger par contre affiche un taux de pénétration de l’internet inférieur à 3% et un accès à l’internet encore limité à quelques privilégiés. Face à ces défis, la population lésée préférera se rabattre à plus d’un titre sur le commerce traditionnel jugé plus accessible mais également mieux maitrisée par cette dernière.

Si le concept de E-commerce a du mal à s’inscrire dans l’esprit des populations nigériennes, le constat est à l’opposé en ce qui concerne le M-Commerce (Banque mobile ou Mobile Banking). En effet, la profession de M-Commerce ne s’inquiète guère du faible taux de pénétration de l’internet dans le pays, ni même de l’accès à un compte bancaire ou à des cartes magnétiques et cela, les opérateurs de téléphonie mobile de la place l’ont bien compris.

Une autre forme de concurrence cette fois beaucoup plus informelle semble s’intensifier. A l’instar de WARI, le marché nigérien abrite trois acteurs évoluant dans le transfert de fonds via mobile. Il s’agit principalement d’AL-IZZA, BNIF AFOUA et plus récemment de NITA transfert. Ces trois acteurs à eux seuls culminent en tête des opérations de transferts et réalisent plus de 60% des transactions tant en national qu’à l’international, reléguant au second plan les services de transfert tels que Western Union ou Money Gram.

De façon plus marginale, nous assistons à la prolifération de sites marchands indépendants qui voient le jour sur les différents réseaux sociaux. Leur mode d’emploi : une annonce sur la vente d’un produit, un tarif de vente (négociable le plus souvent) et un lieu de rendez-vous pour payer et récupérer la marchandise. On est loin de la véritable notion de E-Commerce.

Des challenges surmontables mais non-négligeables

Le principal défi auquel une structure qui veut faire du E-Commerce est confrontée, c’est d’abord la question logistique. C’est l’élément clé pour satisfaire ces nombreux clients qui vous ont fait confiance et ont cassé leur tirelire pour se procurer le produit commandé depuis leur canapé.

Le Niger s’étend sur une superficie de plus de 1.200.000 Km2 dont les deux tiers demeurent désertiques. La mise en place d’un réseau de distribution optimal s’avère primordial. Or dans ce cas de figure, Niger Poste semble bien équipée surtout si l’on tient compte de la maigre taille du marché postal nigérien (moins de 1% du PIB national) elle est présente sur les huit axes régionaux.

Le second challenge réside dans le profil de la clientèle et la cible. Expédier des colis oui mais faire accepter une population des plus sensibles à se faire livrer un colis préalablement payé en ligne en est un autre ? Un travail éducationnel à l’endroit des populations et acteurs de l’économie s’avère nécessaire. De plus, la détention de moyens de paiements spécifiques s’inscrit dans la liste des conditions d’usage.

Enfin, nul doute que, cette innovation ne pourra que redynamiser et repositionner le secteur des TIC en tête des préoccupations des autorités, dans un pays où la fracture numérique demeure un challenge considérable. L’avènement d’organismes tels que l’Agence Nationale pour Société de l’Information (ANSI) dénote une volonté accrue des organes étatiques de démystifier l’outil internet et le marché du digital.

Le Niger 2.0 est bel et bien en marche !!!

Issa Aboubacar Abdou

Représentant du CAVIE au Niger