Je suis citoyen, par Aziz Fall

[CAVIE-ACCI] La responsabilité de prendre en charge le destin d’un peuple n’est pas chose aisée. Il est, dès lors, clair que ce choix est réservé à une minorité. Une infime minorité. Tant le niveau de sacrifice, d’engagement et de discipline ne laisse aucune marge à l’expérimentation. Ceci est d’autant plus vrai lorsque les enjeux sont dantesques comme c’est inexorablement le cas pour nos pays où les défis ne sont ni ordinaires, ni petits.

Je suis citoyensa

Le Sénégal a des ambitions. Grandes et légitimes. Certainement à la hauteur de la grandeur de son peuple et de leurs aspirations naturelles et normales d’une société en marche. Une société dans laquelle la vie ne doit pas se limiter à des attentes, à des vœux pieux, à des incantations et espérances élusives.

Dans ce contexte, il faut une cohérence et une stabilité inexpugnables aux niveaux où le destin de ce pays doit se gérer et se conduire. C’est pourquoi, de mon humble point de vue, l’incertitude qui caractérise le leadership du secteur énergétique du Sénégal suscite des inquiétudes. Ce secteur est stratégique pour plusieurs raisons dans l’attelage gouvernemental mais surtout dans le fonctionnement socioéconomique de tout le pays.

Il est à noter que l’énergie est une condition sine qua non pour l’existence de l’être vivant avant d’être un vecteur économique et un préalable à toutes activités génératrices de valeur ajoutée.

Dans un contexte où le Sénégal a déjà exprimé son objectif de franchir un palier paradigmatique et d’amorcer un changement systémique le faisant passer d’un pays sous-développé à un pays émergent, la marge de manœuvre est inévitablement réduite.

A partir de ce constat, l’impératif est d’œuvrer pour l’assurance d’un maximum de rigueur pour un minimum d’erreur dans l’approche et la manière de gérer le secteur pour des raisons multiples.

Les citoyens et les citoyennes ne se contenteront plus de déclarations d’intention sur l’importance du secteur de l’énergie dans la matérialisation d’une vision d’un Sénégal où les besoins énergétiques primaires sont pris en charge sur toute l’étendue du territoire national. Je ne manquerai pas de souligner les efforts remarquables qui ont été faits, singulièrement dans les zones rurales, et les pas significatifs vers une diversification de la production.

Il n’en demeure pas moins que beaucoup de Sénégalais veulent de l’énergie pour leurs ménages, leurs écoles, leurs centres de santé. Bref, ils veulent de l’énergie dans les espaces où ils exercent leurs actions et activités d’êtres humains, donc d’êtres sociaux.

Le Sénégal dispose d’énormes ressources- et parmi celles-ci le pétrole et le gaz sont les dernières auxquelles je ferai référence.
Le Sénégal dispose avant tout d’hommes et de femmes de valeur, d’une histoire à rendre fiers, d’un système sociétal favorable à la stabilité et d’un potentiel renouvelable considérable. Je peux, entre autres, mentionner le solaire, l’éolien, la biomasse et l’hydraulique.

Les énergies renouvelables offrent de belles perspectives, mais les défis ne manquent pas. L’un des principaux défis dans la marche vers des sources d’énergie décarbonée semble être le coût, car les énergies renouvelables doivent être compétitives.

De nombreux problèmes sont à résoudre. Le coût de conversion de l’énergie solaire en électricité par la technologie photovoltaïque en est un. Il y a aussi le problème du stockage d’une source intermittente d’énergie par l’éolien et son impact sur les émissions de CO2, sans oublier l’analyse crédible du cycle de vie des produits en termes de longévité du matériel et d’utilisation de métaux rares, etc.

Le pétrole et le gaz, quant à eux, ne sont pas des cerises sur un gâteau sénégalais qui n’a jamais existé, mais un maillon supplémentaire dans la chaine des défis qui nous font face en tant que nation.

La clarté d’esprit et la conscience du danger qu’ils peuvent constituer sont les préalables à contempler pour mieux valoriser leurs promesses. Oui,le pétrole peut être un cadeau empoisonné, car il attire les convoitises et aiguise les appétits.

La volonté de s’approprier ou de contrôler les réserves pétrolières a été le facteur déclenchant de nombreux conflits interétatiques et parfois intra étatiques. Alors que le pétrole occupe une place centrale dans les relations politiques et économiques internationales, entre logique de puissance et logique de marché, les incertitudes à son sujet n’ont jamais été si nombreuses. Rappelons toutefois que le pétrole a des avantages avérés ; c’est un fluide avec une densité énergétique importante et de multiples dérivés. Il permet aussi de nombreux usages captifs, dans le secteur des transports spécialement, et qu’il constitue souvent l’énergie «de bouclage» des bilans énergétiques.

Sans aucun doute, le pétrole et le gaz peuvent apporter une plus-value judicieuse dans la matérialisation de la vision d’un Sénégal qui sort des ténèbres. Mais, ils ne le feront pas en soi ; ils le feront parce qu’ils sont gérés avec rigueur et maestria.

Le secteur de l’énergie est complexe et large avec des intérêts pas tout le temps convergents. Le leadership approprié consiste à pouvoir réconcilier les contradictions et dépasser les clivages réels ou supposés pour aboutir à une mise en cohérence des actions et choix vers un but partagé. Ce but est la satisfaction des besoins multiples et différents des citoyennes, des citoyens et des acteurs socioéconomiques ; et ce but est noble.

L’un des critères primordiaux pour la gestion de ce secteur est la crédibilité. La crédibilité morale, intellectuelle et professionnelle. Elle doit pouvoir s’imposer aussi bien au niveau national qu’international. Ne l’oublions pas- nous vivons dans un monde où les principes de collaboration et de partenariat sont des vertus cardinales de l’interaction. 
C’est pourquoi Il faut un alignement harmonieux des efforts suite à une articulation intelligible et convaincante des enjeux et des objectifs d’un secteur qui tarde à éclore et à actualiser ses merveilleuses promesses.

Le Sénégal doit réussir son pari énergétique. C’est un impératif moral.
L’instabilité dans le secteur est notre plus grand ennemi, car elle nous fragilise. Qui pis est, elle risque de laminer l’espoir de nos concitoyens tout en encourageant les mal intentionnés d’ici ou d’ailleurs- prêts à tout pour infiltrer les brèches.

Ce n’est pas une option. Nous valons mieux, beaucoup mieux.

Aziz Fall

Président de la commission Energie