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Quelle est la place de la communication stratégique dans l'Agenda 2063?-Par Annie Mutamba

[CAVIE/ACCI] Faire participer le plus grand nombre possible de personnes qui s’intéressent à l’avenir de l’Afrique : tel est l'objectif de l'Agenda 2063, adopté le 31 janvier 2015 au 24e Sommet de l'Union Africaine. Celui-ci se présente comme une feuille de route collective de l'Union Africaine pour la croissance et le développement du continent à l'horizon 2063.

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Qualifié par certains d'utopie raisonnable, cet ambitieux programme socio-économique suscite bon nombre de commentaires quant à sa pertinence, son réalisme, ses moyens, sa mise en œuvre, sa valeur ajoutée et la réelle volonté politique qui le sous-tend.

L'Agenda 2063 est donc un document stratégique et un appel à l’action endogène. C'est aussi, jusqu'ici, une occasion manquée de susciter un réel questionnement de fond sur la capacité des Etats africains à maîtriser leur communication stratégique à l'échelle continentale.

En effet, si l’Agenda se définit comme un cadre global de la transformation positive du continent africain, il est difficile d'occulter le rôle de la communication dans cette transformation. Et pourtant, la mise en œuvre et le succès de l'Agenda 2063 dépendront inévitablement de facteurs externes, y compris du déficit d'image dont souffre actuellement le continent africain, véritable toile de fond de ses relations avec le reste du monde.

Dans ce document de 227 pages, le chapitre 6.6 (le dernier !) évoque tout de même la « stratégie de communication de l'Agenda 2063 », liée à la stratégie de communication globale de l'UA, en ces termes :

  • Sensibiliser le grand public de façon continue de façon à amener les populations à faire participer le plus grand nombre possible de personnes qui s’intéressent au futur de l’Afrique. Amener les populations Africaines à participer, à soutenir et à s'approprier l'Agenda 2063
  •  Assurer une vaste campagne d’informations actualisées et précises destinée aux États membres, au personnel, aux organes et aux agences de l’UA, aux CER; aux citoyens africains et à leurs institutions au sein du continent et dans la diaspora, notamment le secteur privé, la société́ civile, ainsi qu’aux partenaires de l’UA ;
  • Impliquer dans sa mise en œuvre les organes et les agences de l'UA, (dont le NEPAD et le MAEP), les CER, les États membres, les proches collaborateurs (la BAD et la CEA) ainsi que les partenaires ;
  • Organiser des réunions de consultation, de débats, de discussions, d'ateliers, de forums communautaires, de récitals de musique et de poèmes, de cours dans les établissements scolaires, de certification de conformité́ à l’Agenda 2063, de participation des clubs et des bénévoles de l’UA ;
  • Intégrer des programmes audiovisuels, d'échanges par internet et entre groupes sociaux, la confection de souvenirs et d’accessoires, et l’organisation d’évènements sportifs ;
  • Assurer la publication de bulletins d'information et l’élaboration d’articles promotionnels tels que CD, DVD, casquettes, stylos, T-shirts, porte-clés, sacs, bracelets, agendas, broches plaquées or, foulards et cravates, ainsi que la promotion de l’image de marque de l’Agenda par le biais de panneaux d’affichage et de banderoles, de prospectus, de dépliants et de réunions et d’ateliers de sensibilisation et autres.
  • L'impératif de communiquer transparaît effectivement dans cette énumération presque excessive. Même si elle évoque plutôt des campagnes d'information à sens unique, il faut applaudir la volonté d'associer des structures-relais à cette démarche. Et il convient de souligner l'intention, assez récente, de valoriser la communication interne et externe pour remplir cette mission continentale.

 Mais une succession de campagnes ne fait pas une stratégie de communication.

Si l'Afrique ambitionne de devenir prospère avec "des citoyens en santé et bien nourris" et "l'entière responsabilité du financement de son développement", si son ambition est de devenir un "acteur mondial fort, uni et influent", comment faire l'impasse sur sa communication stratégique? Lorsqu'elle est bien menée, c'est un instrument formidable pour identifier, qualifier, quantifier et protéger ses informations stratégiques. Réussir "l'Afrique que nous voulons" - pour reprendre le slogan de l'UA - ne pourra faire l'économie de cet effort de longue haleine.

Enfin, la communication n'est pas identifiée comme facteur essentiel de succès de l'Agenda 2063. Ni comme un risque, ni comme une menace. Or si elle doit s'exercer en parallèle, en soutien de tous ces efforts économiques, structurels, logistiques, culturels et géopolitiques, elle aura inévitablement un impact sur la réalisation de cet ambitieux agenda.

Comme tous les plans d'émergence qui foisonnent aux quatre coins du continent, l'Agenda 2063 ne se produira pas spontanément. Quelle place pour la communication et le plaidoyer international dans ces différents programmes? Là où d'autres utilisent la communication comme instrument de veille et outil de pilotage de leur croissance, ne pas y voir un atout serait une erreur stratégique et particulièrement onéreuse. L'Afrique d'aujourd'hui - et a fortiori celle de 2063 - peut-elle se le permettre?

Annie Mutamba,

Présidente de la Commission Lobbying et Compétitivité.