L’agritech pour bouleverser l'agriculture africaine

[CAVIE/ACCI] Et si les nouvelles technologies pouvaient accompagner l'Afrique et en faire le « grenier du monde ». La question a fait l'objet d'échanges fructueux aux Africa Days organisés sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas.

Lagritech pour bouleverser lagriculture africaine

Au moins 65 % de la population active d'Afrique travaille dans l'agriculture, un chiffre qui fait du secteur une composante indissociable des économies africaines. Mais le travail de la terre fait face aujourd'hui à un enjeu considérable porté par les chiffres de la démographie : si, actuellement, le continent compte 1,2 milliard d'habitants, il en comptera près du double en 2050. C'est donc aujourd'hui que le secteur joue son destin, car le potentiel de développement est considérable. Mais, revers de la médaille, la démographie croissante du continent est également une bombe à retardement si rien n'est fait pour permettre à l'agriculture de se développer et d'incarner un levier pour tout un continent. C'est pour discuter de cet enjeu et pour débattre des différentes réponses à y apporter que se sont rencontrés des experts du secteur, ce mardi 3 avril, lors des Africa Days. Organisé par HEC Paris, l'événement a, le temps d'une soirée, réuni différents acteurs économiques opérant en Afrique, et ce, autour du thème « Quel avenir pour l'agriculture africaine ? La révolution verte 2.0 ».

L'innovation technologique au service des producteurs

Et parmi eux, les fondateurs de Seed Project, un think tank qui promeut l'apport des nouvelles technologies pour développer l'agriculture africaine. Une solution proposée par les fondateurs du projet, étudiants marocains d'une école de commerce, qui ont d'abord effectué une étude sur le terrain afin de bien comprendre les problématiques auxquelles sont confrontés les fermiers. Et le constat est clair : les méthodes de production héritées de la seconde moitié du XXe siècle ont atteint leurs limites. Un « tour du monde des technologies », pendant lequel les étudiants ont rencontré des créateurs dédiés à l'agritech, leur a permis de constituer un catalogue de solutions adaptables aux problématiques africaines.

Parmi elles, les propositions d'AgroSmart, une start-up brésilienne qui propose de recueillir et d'analyser les données propres à chaque culture. Celles-ci permettront aux agriculteurs d'anticiper leurs décisions et donc de produire plus. Une stratégie qui permet notamment de prévoir les problèmes de récolte dus au changement climatique, ainsi que le manque d'eau, deux difficultés du quotidien auxquelles sont confrontés les agriculteurs africains. Autre solution rapportée par le Seed Project, celle de la start-up SunCulture. La société kenyane propose un système d'irrigation innovant au goutte-à-goutte, dont la distribution est assurée grâce à l'énergie solaire, une ressource inépuisable sur le continent. Un système qui permet, selon la société, d'augmenter les rendements des petits producteurs de 300 %. Pour Fadel Bennani, un des fondateurs de Seed Project, faire appel à ces technologies innovantes pourrait même à l'avenir ériger un nouveau modèle économique propre à l'Afrique, le modèle coopératif à l'occidentale « ne fonctionnant pas sur le continent, à cause notamment d'un déficit de confiance entre acteurs », selon lui.

Des solutions apportées par la technologie défendues également par Christian Kamayou, fondateur de MyAfricanStartUp, une plateforme destinée à faciliter la mise en relation des startups avec le grand public. Pour cet ancien élève de HEC spécialiste des jeunes pousses, les startups africaines ont de quoi plancher et doivent s'atteler à quatre champs d'application en particulier, à savoir « l'augmentation de la production », « la recherche de financements », « l'assurance de revenus stables malgré les intempéries », et enfin celui qui consiste à trouver « comment fixer le bon prix des produits, à un instant T, en prenant en compte les paramètres d'offre et de demande ». Des défis auxquels s'est, par exemple, attaqué Esoko, une start-up ghanéenne. Elle propose ainsi des outils pour mobiles – 1 milliard de smartphones sont utilisés en Afrique – et sur le Web, destinés à la collecte de données et surtout au développement de la communication entre agriculteurs et experts, grâce à une plate-forme SMS.

Au-delà de la technologie

Mais si les startups apportent des solutions, elles n'en sont pas moins confrontées, elles-mêmes, à divers obstacles. Déficit de notoriété, manque de financements, d'accompagnements… des difficultés qui montrent que, malgré le bouillonnement qui caractérise depuis quelques années ce type de structures, elles ne peuvent pas tout. Au-delà de la solution agritech défendue par les jeunes pousses, d'autres réponses peuvent être proposées par la recherche. Patrick Caron, géographe au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), souligne ainsi que d'autres innovations, en matière de partenariats publics-privés peuvent elles aussi contribuer au développement de l'agriculture.

Des programmes de recherches ciblés peuvent également faire émerger de nouveaux systèmes et modèles économiques au sein du secteur agricole. Un programme élaboré à partir de 2005 entre le Cirad et l'Asprodeb – l'Association sénégalaise pour la promotion du développement par la base – a ainsi permis la création de plusieurs coopératives de producteurs d'arachides. L'opération pilote, menée à Paoskoto, a démontré qu'en réorganisant profondément les acteurs de la filière l'activité se développe tout autant que les bénéfices. De quoi illustrer que l'heure est à une véritable révolution dans les approches pratiquées jusque-là dans le monde agricole africain.

Marlène Panara

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