L’Afrique doit sortir du piège chinois

[CAVIE/ACCI] Ciblée pour ses matières premières, l'Afrique est de plus en plus dépendante de la Chine. Elle doit se montrer moins vulnérable à la baisse des cours ou à celle de la demande chinoise.

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 Depuis cette tournée africaine de Jiang Zemin en 1996, où le président chinois a jeté les bases de ce que devait être, à ses yeux, la relation avec le continent noir, les échanges Chine-Afrique n'ont cessé de croître, pour atteindre en 2014 quelque 200 milliards de dollars. Ils étaient de 40 milliards huit ans plus tôt.

Las, la chute des cours matières premières a fortement pesé sur les échanges (122 milliards de dollars l'an dernier) et conduit à un déséquilibre de la relation commerciale. L'Afrique dont 90 % des exportations sont constituées de ressources naturelles doit à présent supporter un déficit vis-à-vis de Pékin.

Une situation nouvelle qui a poussé les économistes de Coface à mesurer le degré de vulnérabilité du continent africain sous emprise chinoise. Est-ce vraiment une surprise ? Le continent, dans son ensemble, affiche un taux de dépendance à la Chine (1 : dépendance totale, 0 l'inverse) supérieur à la moyenne des pays émergents : 0,24 contre 0,16 pour l'Asie du sud-est ou 0,19 pour le trio Russie, Inde, Brésil.

Dépendance renforcée

Calculée sur dix ans, cette dépendance n'a cessé de se renforcer pour atteindre des sommets principalement chez les fournisseurs de pétrole : le Sud-Soudan (0,83 en 2016) puis l'Angola (0,66) figurent parmi les plus vulnérables à la demande chinoise.

Le cas de l'Angola est caractéristique car Luanda a accepté un prêt chinois de 2 milliards de dollars pour développer ses infrastructures. Plutôt que de rembourser le crédit, le pays paie la Chine en volumes d'hydrocarbures. Et crée lui-même cette dépendance. La Gambie se trouve dans une situation identique de dépendance (0,66), mais pour le bois brut tout. D'autres pays le sont pour les minerais métalliques (cuivre, zinc).

Diversification

Tandis qu'aucune coordination régionale n'émerge pour tenter de trouver une parade, des solutions existent. Comme la transformation des produits avant leur expédition. Cela pourrait créer de la valeur ajoutée pour les économies concernées, voire les aider à trouver de nouveaux débouchés.

C'est le cas par exemple de l'Afrique du Sud, de la Zambie et de la République démocratique du Congo pour les hydrocarbures et les minerais métalliques. S'agissant du bois, le Nigéria, le Cameroun, le Ghana et le Mozambique peuvent diversifier leur clientèle à l'export ou s'adapter à la demande du consommateur chinois. Ce dernier, par exemple, se montre particulièrement friand de bois de rose, pour le mobilier. Au lieu d'expédier la matière brute, pourquoi ne pas le transformer en feuilles de placage sitôt abattu ? Les produits agricoles sont eux aussi concernés : la Chine achète du sésame à l'Éthiopie, au Niger, au Soudan et à la Tanzanie. Quant au tabac, le Zimbabwe et la Zambie sont les plus concernés. Ils peuvent également favoriser les investissements dans les services ou la technologie.

Michel De Grandi

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