La Guinée veut devenir le premier producteur mondial de bauxite

[CAVIE/ACCI] Dans la foulée de la signature en septembre 2017 de l’accord « ressources minières contre prêts financiers » avec la chine d’une valeur de 20 milliards de dollars et les vives réactions que cela avait suscité, le président Alpha Condé avait déclaré que « d’ici 2018, la Guinée sera le premier producteur mondial de bauxite comme l’Arabie Saoudite est le premier producteur mondial de pétrole ».

La Guinée veut devenir le premier producteur mondial de bauxiteÀ en en croire, Fadi Wazni, président du conseil d’administration du consortium SMB (Société Minière de Boké), Winning Shipping Ltd, ce défi vient d’être relevé par le consortium qu’il dirige et qui exploite  la bauxite dans la Sous-préfecture de Katougouma, Préfecture de Boké dans le corridor nord- ouest. En marge d’une audience avec le président Condé fin novembre, il a déclaré que la SMB a déjà exporté 30 millions de tonnes de bauxite, ce qui, en principe, fait de la Guinée, le premier pays exportateur de bauxite dans le monde devant l’Australie, la Chine et le Brésil.

Mieux, le consortium SMB-Winning annonce le lancement dès 2018 des études de faisabilité en vue de construire une raffinerie d’alumine et une ligne de chemin de fer qui devraient voir le jour à l’horizon 2022.

Le PCA de SMB-Winning a, en effet présenté au président Condé, son projet de construction d’une raffinerie d’alumine en Guinée ainsi que d’une ligne de chemin de fer destinée à désenclaver le corridor de Boffa et à acheminer la bauxite vers la raffinerie et le port de Dapilon. L’investissement total prévu pour ce double projet est estimé à 3 milliards de dollars (USD).

La phase d’études de faisabilité et d’impact social et environnemental commencera dès 2018 pour un début des travaux prévu en 2019. La phase de construction devrait créer, selon les estimations avancées par le groupe, 10 000 emplois et mobiliser les entreprises locales expertes en génie civil, carrière, constructions et services. La raffinerie est prévue pour être installée à Dapilon, dans la zone Économique Spéciale de Boké, souvent en proie à des soulèvements.

« Cet investissement illustre nos ambitions pour la région de Boké et notre contribution au développement économique et social de la Guinée. Le secteur minier, avec l’agriculture, est le poumon du développement du pays et, dans notre démarche de mine responsable, doit s’attacher également à faciliter une redistribution locale des retombées, au service notamment des communautés, de l’éducation, de l’emploi et de secteurs prioritaires comme les agro-industries »  a rassuré Frédéric Bouzigues, Directeur général de la Société Minière de Boké (SMB).

« La transformation locale des matières premières est l’un des grands enjeux pour une croissance plus inclusive en Afrique car elle permet de créer plus de valeur sur place tout en entraînant un début de diversification économique. Cet engagement pour la Guinée démontre également notre confiance dans l’amélioration continue du climat des affaires et de la stabilité macro-économique du pays. Ce projet démontre aussi la complémentarité technique et financière de notre consortium franco-sino-singapourien pour mener à bien ce type de projets structurants », commente Fadi Wazni, Président du Conseil d’administration de la SMB.

Les Mines dans l’économie guinéenne

Selon le dernier rapport ITIE – Guinée, l’apport du secteur minier au budget national est de l’ordre de 24  %. Ce qui, aux yeux des spécialistes du secteur minier guinéen, représente un paradoxe pour un pays au potentiel minier incroyable. Malgré tout, le faible niveau de la part du secteur extractif dans l’économie guinéenne ne signifie pas outre mesure que la Guinée est sortie du cycle d’une économie de rente. Au contraire, l’économie guinéenne est soutenue par le secteur minier dont elle est fortement dépendante.

Ce chiffre de 24  % traduit en réalité une certaine défaillance de la politique minière du pays axée prioritairement sur l’exploitation et l’exportation primaire des matières premières dont les retombées économiques se limitent à une faible participation de l’État aux projets miniers, à la délivrance des autorisations, aux taxes et redevances versées par les sociétés minières dans le cadre de leurs opérations.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, sur l’essentiel des entreprises minières évoluant en Guinée ou couvertes par le périmètre du rapport ITEI, au nombre de 305 entreprises, environs 260 entreprises n’atteignent pas le seuil de matérialité comme fixé par l’ITIE-Guinée (c’est-à-dire dont les payements ne dépassent pas 700 millions GNF). Sur ces 305 entreprises couvertes par le périmètre, seules 45 entreprises dépassent le seuil de matérialité. Ceci nécessite une remise en cause urgente pour un changement de Cap.

L’exportation primaire et semi-primaire des matières premières font perdre à la Guinée de la valeur ajoutée en termes d’emplois, de création d’entreprises, de transfert de technologie,… en somme, en effet d’entraînement sur l’économie dans toutes ses composantes. Cela conjugué au faible niveau de transparence et au caractère volatil des matières premières, expliquent en partie ce niveau relativement faible (dans les chiffres) de l’apport du secteur extractif au budget national.

Mamadou Aliou Diallo

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